Suivi au long cours
Pourquoi ce qui se passe entre deux rendez-vous médicaux compte autant que le rendez-vous lui-même
Une consultation chez le généraliste dure en moyenne 19 minutes en France.1 Le reste du temps, entre deux rendez-vous, personne ne regarde par-dessus votre épaule pendant que vous décidez de prendre ou non ce qui vous a été prescrit, de réaliser un bilan ou de faire attention (ou pas) à ce point de côté qui revient depuis 3 semaines.
C’est le point de départ d’un article resté célèbre en médecine interne américaine : sur une année, une personne passe environ 5 000 heures éveillée en dehors de tout contact avec le système de soins.2 C’est pendant ces heures-là que se joue l’essentiel des décisions qui pèsent sur sa santé : ce qu’elle mange, si elle bouge, si elle prend ce qui lui a été prescrit, si elle appelle quand un symptôme traîne. Bref, un trou dans la raquette du suivi médical.
Est-ce que le fait d’être suivi dans la durée change vraiment les résultats de santé ?
Une revue systématique parue dans BMJ Open a rassemblé 22 études menées dans 9 pays sur la continuité des soins. C’est-à-dire le fait d’être suivi par les mêmes professionnels dans la durée, plutôt que vu par bribes à chaque consultation.3 Dans 18 de ces 22 études, la continuité de suivi est associée à une mortalité significativement plus faible. Être connu·e et non uniquement examiné·e ressort comme un facteur de résultat clinique mesurable, pas comme un supplément de confort.
Comprendre son parcours de soin a-t-il un impact clinique réel ?
Une autre revue systématique, portant cette fois sur 55 études, établit des associations constantes entre une bonne expérience patient (être informé, comprendre ce qui se passe et pourquoi) et deux choses très concrètes : la sécurité des soins et leur efficacité clinique.4 Un·e patient·e qui comprend son parcours est plus observant·e, revient plus tôt en cas de problème et obtient en moyenne de meilleurs résultats. Comprendre ne relève ainsi pas d’un « luxe pédagogique », c’est un facteur de résultat, au même titre qu’un dosage ou qu’un geste technique.
Que faire de ces 5 000 heures ?
Aucune de ces trois études ne dit qu’il faut plus de rendez-vous, ni plus de médecine. Elles disent la même chose sous trois angles différents : la santé ne se joue pas seulement pendant les 19 minutes de consultation, elle se joue surtout dans les 5 000 heures qui les séparent. Cette part-là mériterait un suivi aussi attentif que celui qui peut être offert pendant les temps de consultation.
Footnotes
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Thomas J.É., « Les médecins généralistes libéraux travaillent en moyenne 46 heures par semaine en 2025 », DREES, Études et Résultats, n°1381, 26 août 2026. ↩
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Asch D.A., Muller R.W., Volpp K.G., « Automated Hovering in Health Care, Watching Over the 5000 Hours », New England Journal of Medicine, 2012;367(1):1-3. ↩
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Pereira Gray D.J. et al., « Continuity of care with doctors, a matter of life and death? A systematic review of continuity of care and mortality », BMJ Open, 2018;8(6). ↩
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Doyle C., Lennox L., Bell D., « A systematic review of evidence on the links between patient experience and clinical safety and effectiveness », BMJ Open, 2013;3(1):e001570. ↩